Mort programmée de la liberté religieuse en Algérie

Depuis l’ordonnance de 2006, qui a considérablement restreint la liberté de culte en Algérie, les pressions administratives et les fermetures d’Églises n’ont cessé de se répéter. Les dernières en date sont dénoncées par un communiqué daté du 16 octobre 2019 et signé par le Président de l’Église protestante d’Algérie, Salah Challa.  En voici le texte intégral.

Une fois encore, les chrétiens d’Algérie sont la cible de tracasseries officielles, aussi illégales qu’injustifiées. Sans décision de justice, les autorités ont procédé à la fermeture d’une douzaine d’églises. Dernières en date, les églises de Makouda et de Tizi-Ouzou ont été scellées, mardi 15 octobre, par les forces de l’ordre, en usant de violences contre les fidèles qui étaient en prières.

La liberté de culte, pourtant garantie par la Constitution, est violée dans les faits.

Alors que les chrétiens d’Algérie ont toujours vécu leur foi dans une fraternelle convivialité avec leurs concitoyens qui ont d’autres croyances, la fermeture arbitraire de ces lieux de culte survient dans un contexte politique particulier. Elle vise à susciter des troubles parmi la population, plus unie que jamais pour construire l’Algérie plurielle, l’Algérie de l’égale citoyenneté pour tous qui va consacrer les libertés, les droits de l’Homme et le respect mutuel de nos différences.

L’Église protestante d’Algérie déplore l’attitude négative des autorités à l’égard des chrétiens, qui ne demandent rien d’autre que le droit de vivre paisiblement leur foi, dans la dignité.

L’Église protestante d’Algérie appelle les autorités à annuler cette décision arbitraire, qui risque de porter atteinte à la cohésion nationale.

L’Église protestante d’Algérie tient à exprimer sa sincère gratitude à l’ensemble de nos concitoyens qui, dans la diversité de leurs croyances religieuses et de leurs convictions politiques ont spontanément exprimé une solidarité fraternelle à l’égard des chrétiens, cibles de tracasseries discriminatoires.

Christianisme et islam en Algérie

L’Algérie est un pays dont l’histoire est riche et mouvementée. Le christianisme s’y est implanté dès le IIe siècle. Tertullien et Saint Augustin, pères de l’Église, en étaient originaires. Puis, la conquête arabe du VIIIe siècle et celle des Ottomans (Turcs), à partir du XVe siècle, ont fait disparaître toute trace visible du christianisme. Après 1830, la colonisation française permettra l’activité de missionnaires catholiques et, dans une moindre mesure, de protestants. Depuis 1962, date de l’indépendance du pays, le culte protestant s’y est déployé sous l’impulsion d’Algériens convertis, au grand dam des islamistes qui considèrent que l’islam seul doit être pratiqué dans le pays.

La « décennie noire » et ses séquelles

Après la « décennie noire » (1991-2002), le gouvernement algérien, soucieux de réconciliation nationale, s’est montré très arrangeant avec certaines des revendications des islamistes. La promulgation de l’ordonnance de 2006, restreignant drastiquement la liberté de culte des non-musulmans, a répondu à leur demande. Pourtant, et ce n’est pas la moindre contradiction, la Constitution algérienne consacre par son article 42, le principe de liberté de culte, un des aspects fondamentaux des Droits de l’homme.

Dans son désir de réconcilier ces deux exigences contradictoires, le gouvernement algérien a annoncé, dans la foulée de l’ordonnance de 2006, la création d’une commission habilitée à délivrer les autorisations d’exercer le culte. Le seul problème, qui n’a pas été réglé depuis, c’est que cette commission n’a jamais été instituée. Le gouvernement exige que les cultes non-musulmans se conforment aux procédures réglementaires, mais les autorités locales restent sourdes à toute demande d’agréments.

Une situation inacceptable

Les Églises affiliées à l’Église protestante d’Algérie se trouvent donc dans une impasse administrative. Pour ajouter à leur discrédit, les autorités font courir la rumeur que ces Églises sont soutenues par l’étranger en vue de déstabiliser le pays. Selon Saïd Salhi, vice-président de la ligue algérienne de défense des droits de l’homme, « C’est une nouvelle fois une région, la Kabylie, qui est stigmatisée pour faire diversion. Cette manœuvre cherche à diviser le peuple algérien ».

Alors que tout le peuple algérien s’est récemment mobilisé pour réclamer avec la plus grande dignité un fonctionnement plus démocratique du gouvernement, nous demandons à ses responsables actuels, conformément à l’article 42 de sa Constitution, de cesser immédiatement toute persécution contre l’Église protestante d’Algérie, d’instaurer une commission chargée d’examiner leurs demandes d’agréments et de faire respecter au profit des tous les citoyens algériens l’article 42 de sa Constitution.

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