Le judéo-christianisme a-t-il contribué à la naissance de l’islam?

Beaucoup se sont posé la question de savoir dans quelle mesure le judéo-christianisme a participé à la formation de l’islam? En 1948, Henri Nusslé a répondu à cette question dans son livre « Face à l’islam ». Pour lui, la filiation est avérée. Dans le chapitre 9, que résume cet article, il présente ses arguments.

Le 11 novembre 1922, dans la ville d’Alep, la métropole de la Syrie du Nord, au moment où les rescapés arméniens affluaient de toutes parts dans la ville protégée par le drapeau de la France, trois chrétiens constituèrent, dans un acte de foi, l’ACO (Action chrétienne en Orient) : un pasteur alsacien, une missionnaire d’Estonie et une infirmière suisse. Il fallait pourvoir aux besoins matériels les plus urgents, réorganiser les communautés et reconstituer les cadres et les institutions du peuple et de l’Église. Le pasteur Henri Nusslé a présidé le Comité suisse de l’ACO, fondé à Lausanne le 6 novembre 1936.

Amour et lucidité envers les musulmans

Henri Nusslé publia en 1948 un livre fort intéressant, Face à l’islam, dans lequel il exprime son amour pour les musulmans, tout en manifestant une grande lucidité au sujet de l’islam et du danger que celui-ci représente pour l’Église et le monde en général.

Parmi les douze chapitres de son livre, nous avons jugé utile de porter à votre connaissance le chapitre IX intitulé : l’hérésie fatale. J’en fais ici un résumé que je compléterai par quelques versets du Coran.

Pour lire l’intégralité du chapitre IX du livre d’Henri Nusslé, cliquer ici.

Nusslé rappelle que le nom le plus ancien donné à Mahomet et à ses adeptes n’est pas celui de « mouslim » (croyant) d’où l’on a tiré le terme de « musulman », mais celui de « sabien » (ou sabéen), car on disait qu’il prêchait la religion des sabiens, une communauté chrétienne en Syrie. Dans la région de Damas, on montre encore un monastère, ou plutôt ses ruines, où Mahomet, alors chamelier de caravanes, venait faire des retraites parmi ces chrétiens. C’est un parent de sa femme, Waraka, converti au christianisme par la lecture de la Bible, qui donna la conviction à Mahomet d’être un prophète et de commencer à prêcher son message divin. Sa prédication première, véritable appel prophétique à la repentance et à la vie nouvelle, avait un accent biblique, voire évangélique très prononcé.

Pourquoi cet homme, qui avait devant lui la perspective de devenir l’apôtre chrétien de l’Arabie, a-t-il barré la marche de l’Évangile et tourné le dos à l’Église du Christ ?

On le comprendra mieux et on le déplorera encore davantage après avoir constaté que l’islam est un produit direct d’une hérésie chrétienne.

Genèse du judéo-christianisme

Ces sabiens étaient des judéo-chrétiens de tendance baptiste. On les appelait aussi « mandéens », un autre mot araméen qui signifie : gnose, connaissance religieuse. La gnose est caractérisée par une soif de connaître les mystères divins. Elle s’est manifestée dans le judaïsme comme dans toutes les religions supérieures. La gnose est parfaitement légitime, il faut en convenir, mais en ajoutant tout de suite qu’elle est guettée constamment par le danger de l’hérésie. Les « Prédications de Pierre », texte judéo-chrétien du IIe siècle​1​, confirment leur caractère gnostique : le secret dont la doctrine est entourée, la liberté à l’égard de la religion orthodoxe, l’intérêt exclusif pour les grands problèmes de l’origine et de la destinée du monde, le dualisme, l’importance des actes sacrés, surtout du baptême et du jeûne ; ce sont les traits caractéristiques de la gnose de tous les temps.

L’erreur du judéo-christianisme

Les « Prédications de Pierre » parlent toujours de Jésus sous le nom de « l’Homme ». Jésus est l’incarnation d’Adam, l’homme-type, le roi du paradis. Il est en même temps le Prophète, apportant la révélation divine. Mais la Croix est passée entièrement sous silence. Les judéo-chrétiens n’ont rien compris au message de la rédemption et l’ont totalement éliminé de leur doctrine. En somme, cette gnose chrétienne reproduit, en les adaptant à Jésus, les idées et la mystique des sectes gnostiques du judaïsme contemporain.

L’opposition des judéo-chrétiens à l’Évangile de la grâce

Animés d’un prosélytisme ardent, ces judéo-chrétiens sont entrés dans l’Église et se sont opposés à l’Évangile tel que Paul le prêchait. C’est à Antioche de Syrie que le conflit éclata. Dès lors, à part les épîtres aux Thessaloniciens, toutes les épîtres pauliniennes apportent l’écho plus ou moins net des démêlés de Paul avec les judéo-chrétiens. Les épîtres dites « pastorales » découvrent clairement la tendance gnostique de ces derniers. Les judéo-chrétiens furent les adversaires les plus farouches de Paul.

L’apôtre Jean connaissait bien les ravages que faisaient les judéo-chrétiens dans les Églises dont il avait la charge. Ses épîtres dénoncent sans ambiguïté la fausse doctrine de cette secte. Nous savons, par les « Prédications de Pierre », que les judéo-chrétiens étaient docètes, c’est-à-dire qu’ils niaient, entre autres, que le Christ fût né d’une femme. Ils affirmaient que le Christ s’était incarné en Jésus au moment du baptême et s’était retiré de lui avant le supplice de la Croix, ou alors qu’on lui avait substitué un sosie sur la Croix. C’était donc une manière claire de nier l’œuvre de salut que Jésus avait accomplie à la Croix. D’autre part, Jean s’élevait avec violence contre l’identification de Jésus à l’Homme-type, au Prophète, ce qui en fait revenait à nier sa divinité.

Le judéo-christianisme prépare l’avènement de l’islam

Grâce à cette contre-attaque, il sembla que la partie était gagnée, mais la génération des apôtres disparue, la gnose judéo-chrétienne releva la tête et, grâce à quelques théologiens habiles, groupés autour de l’École d’Antioche, le combat reprit avec une passion et une ampleur nouvelles dont l’issue demeurera longtemps incertaine.

En Syrie, le judéo-christianisme acquit une position extrêmement forte. L’Église d’Occident, indignée, mit progressivement à l’écart l’Église syrienne, et celle-ci s’enfonça de plus en plus dans l’hérésie. Le judéo-christianisme l’emporta faute de contrepoids et son triomphe fit, dans le Proche-Orient, le lit de l’islam.

Sur le rapport entre judéo-christianisme et islam, voir le livre de Jacques Ellul Islam et judéo-christianisme

Mahomet à l’école judéo-chrétienne ?

Il n’est pas difficile de penser que Mahomet, au contact des judéo-chrétiens, reprit plusieurs de leurs thèses : 1) Jésus n’est qu’un homme, un prophète parmi d’autres, 2) il n’est pas Fils de Dieu, 3) il n’est pas mort sur la croix, mais un sosie a pris sa place.

Voici quelques versets coraniques​2​ qui l’attestent :

Coran 9.30 : … Les chrétiens disent : « Le Messie est fils de Dieu ! » Telles sont les paroles qui sortent de leurs bouches, répétant ainsi ce que les négateurs disaient avant eux. Puisse Allah les maudire pour s’être ainsi écartés de la Vérité !

Coran 6.101 : Créateur des Cieux et de la Terre, comment aurait-Il un enfant, alors qu’Il n’a pas de compagne, et qu’Il a tout créé, Lui dont la science embrasse toute chose ?

Coran 4.156-159 : Ce châtiment, ils [les Juifs] l’ont bien mérité en raison de leur infidélité et à cause de l’ignoble calomnie qu’ils ont fait courir sur Marie, et également pour avoir dit : « Nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, prophète de Dieu », alors qu’ils ne l’ont point tué et qu’ils ne l’ont point crucifié, mais ont été seulement victimes d’une illusion, car même ceux qui se sont livrés ensuite à des controverses à son sujet sont encore réduits, faute de preuves, à de simples conjectures. En réalité, ils ne l’ont point tué, mais c’est Allah qui l’a élevé vers Lui, car Allah est Puissant et Sage. Il n’est pas une personne, parmi les gens des Écritures, qui ne croira pas en lui avant sa mort. Et, au Jour du Jugement, il se présentera pour témoigner contre eux.

La croix, point de rupture entre christianisme et islam

Mahomet recueillit, en quelque sorte, ce qui restait d’une hérésie dont le christianisme orthodoxe, fidèle à l’Évangile, n’avait pas voulu.

Henri Nusslé termine son chapitre ainsi : C’est le message de la Croix qui a séparé l’islam du christianisme comme il séparait les judéo-chrétiens des apôtres Paul et Jean. Et ce que Paul disait du judéo-christianisme s’applique à l’islam qui en est l’aboutissement : ce n’est pas seulement une religion différente, c’est une religion contraire à l’Évangile du Christ.

Pour poursuivre la réflexion sur ce qui sépare islam et Evangile, voir, par exemple

La notion de « péché » dans le christianisme et l’islam et Jésus, le prophète qui fascine les musulmans

Notes



  1. ​1​
    Ce texte ne fait évidemment pas partie du Nouveau Testament !
  2. ​2​
    Traduction française de Mohammed Chiadmi

VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE ?
S’abonner à notre newsletter.

En soumettant ce formulaire, j’accepte la politique de confidentialité

Articles en relation

L’islam à l’épreuve

L’islam à l’épreuve : le titre de ce livre a de quoi surprendre. Se peut-il que l’islam soit traversé par des questionnements et des doutes ? Le fait est que l’assurance apparente des musulmans les plus radicaux ne dissimule pas un malaise. Selon son auteur, l’islam est en effet soumis au test de la mondialisation, de l’islamisme et du christianisme.

Où l’islam est-il réellement né ?

Dans quel contexte l’islam est-il né? Dans sa thèse, Dan Gibson « s’efforce de prendre le Coran, les hadiths et les sources islamiques au sérieux. Plutôt que de les ignorer, il affirme simplement qu’ils sont plus cohérents si on lit « Petra » à la place de « La Mecque » avant 700AD, une conclusion que l’histoire, la littérature et l’archéologie suggèrent fortement ».