La fin des temps dans la perspective biblique

La fin des temps, dans la perspective biblique, prédit que Jésus vaincra l’Antichrist. Il procédera alors au jugement de tous les êtres humains. Puis il invitera ses disciples à prendre possession du Royaume éternel qui aura pour séjour une création entièrement renouvelée.

La fin des temps

L’expression « fin des temps » apparaît au chapitre 24, verset 3, de l’Évangile selon Matthieu. Dans ce chapitre, Jésus prononce un discours concernant la période finale de l’histoire. En voici le contexte :

Jésus était sorti du temple et s’en allait. Ses disciples s’avancèrent pour lui faire remarquer les constructions du temple. Prenant la parole, il leur dit : « Vous voyez tout cela, n’est-ce pas ? En vérité, je vous le déclare, il ne restera pas ici pierre sur pierre : tout sera détruit. » Comme il était assis, au mont des Oliviers, les disciples s’avancèrent vers lui, à l’écart, et lui dirent : « Dis-nous quand cela arrivera, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde. » (Matthieu 24.1-3 ; TOB​1​)

Trois grandes questions

Alors qu’ils sortent du temple, les disciples font remarquer à Jésus sa beauté exceptionnelle. De retour de leur exil babylonien, les Juifs en avaient achevé la reconstruction en 417 avant J.-C et, une vingtaine d’années avant la naissance de Jésus, le roi Hérode l’avait agrandi et embelli. Mais Jésus leur annonce que l’édifice dont ils sont si fiers sera bientôt anéanti. Ces paroles ont dû avoir l’effet d’une bombe, car elles ont pulvérisé leur espoir de voir un jour la fin de l’occupation romaine sur Israël (cf. Actes 1.6).

Les disciples posent alors trois questions à Jésus : quand le temple sera-t-il détruit ? Quels seront les signes précurseurs de sa venue en gloire ? Et quels seront les signes annonciateurs de la fin du monde ?

L’Histoire nous apprend que Titus, le général romain, détruisit le temple de Jérusalem en l’an 70. En 637, les musulmans conquirent Jérusalem et le calife Omar érigea un lieu de prière sur l’ancien endroit du Temple. Quelques décennies plus tard, le calife omeyyade Abd al-Malik initia la construction du Dôme du Rocher et de la mosquée al-Aqsa que son fils acheva en 705. Le « Mur des Lamentations », seul vestige du temple, est l’endroit où les juifs du monde entier viennent aujourd’hui prier parce qu’il symbolise leur identité de peuple de Dieu.

En quoi consiste la réponse aux deux autres questions des disciples ?

Précisions sur « la fin du monde » 

Sens de l’expression

Le mot grec, sunteleias, employé au verset 3 (voir ci-dessus), implique l’idée d’achèvement, mais aussi de consommation, d’aboutissement et d’accomplissement. En effet, depuis Abraham et jusqu’au prophète Malachie, Dieu a annoncé qu’un jour viendrait où il établirait son royaume sur la terre. Ce serait un royaume éternel de justice et de paix, un royaume fondé par le Messie et dans lequel tous les peuples seraient appelés à entrer (Esaïe 2.2-5 ; Jérémie 33.14-16 ; Joël 3.1-5).

Etablir le Royaume

C’est pour instaurer ce royaume que le Messie s’est manifesté en la personne de Jésus (Matthieu 22.41-44 ; Marc 14.61-62 ; Luc 4.16-21 ; Jean 4.25-26). À travers sa mort, sa résurrection, son ascension et son intronisation auprès de Dieu, Jésus a rempli les conditions de l’établissement du royaume de Dieu. Ces faits sont historiques. Jésus est vraiment ressuscité et est apparu à une multitude de personnes qui ont attesté sa résurrection (1 Corinthiens 15.3-8). Cet événement unique marque un tournant décisif dans les relations de Dieu avec l’humanité. Il signale l’avènement d’un monde nouveau, d’une ère nouvelle dans l’histoire de l’humanité. Les apôtres avaient eux-mêmes conscience d’être entrés dans « les derniers temps » (1 Pierre 1.20 ; 2 Pierre 3.3 ; Actes 2.17 ; Hébreux 1.2). Toutefois, « la fin de la fin des temps » ne surviendra qu’avec le retour de Jésus en gloire. Alors, il établira le royaume de Dieu dans toute sa plénitude sur la terre et dans l’univers tout entier.

Un Royaume déjà établi

Les chrétiens savent donc que la fin, non pas du monde, mais d’un monde, a déjà eu lieu. Le monde marqué par la domination du mal, de l’ignorance de Dieu et de l’exploitation de l’homme par l’homme a en effet déjà été jugé. Le mot « monde » du verset 3 de Matthieu 24 n’est pas la traduction du mot kosmos mais aionos, qui désigne une ère, un âge, un laps de temps, une époque, une période déterminée. Il est question ici de la période de l’histoire humaine au cours de laquelle Dieu donne aux hommes le temps de se positionner par rapport à lui. Vivront-ils en communion avec lui ou bien sans lui, voire contre lui ?

Voir l’article compagnon de celui-ci: La fin des temps dans la perspective musulmane

Les signes de la fin des temps

Quels sont donc les signes avant-coureurs de la venue glorieuse du Christ et de l’avènement du Nouveau Monde ?

Dans son discours, Jésus annonce à la fois la fin de Jérusalem, symbole d’une ère révolue, et celle de l’Ancien Monde. Aussi est-il difficile, à la première lecture, de distinguer les événements qui se sont produits en l’an 70 de ceux qui se produiront à la fin des temps. On peut néanmoins repérer une dizaine de signes annonciateurs de la fin de notre monde :

Les signes annonciateurs

  • certains se feront passer pour le Messie (versets 4-5, 23-26)
  • les conflits entre nations se multiplieront (v. 6)
  • il y aura des famines (v. 7)
  • et des tremblements de terre (v. 7)
  • les disciples du Christ seront persécutés (vv. 9-10)
  • les faux prophètes se multiplieront (v. 11)
  • le mal déferlera sur le monde (v. 12 ; cf. 2 Timothée 3.1)
  • des cataclysmes ébranleront les systèmes sur lesquels reposent les civilisations humaines (v. 29)
  • il y aura beaucoup d’indifférence religieuse (vv. 37-39) mais
  • l’Évangile sera annoncé à tous les peuples (vv. 14)

Le temps de l’Antichrist

D’autres écrits du Nouveau Testament indiquent que l’histoire humaine s’accélérera à l’approche de « la fin de la fin des temps » (cf. Apocalypse 20.3, 7-8 ; 11.3). Les signes annonciateurs de la venue du Christ se multiplieront. Ces textes mentionnent aussi la progression du mal, dont l’Antichrist​2​ sera le premier instrument. Non seulement il s’opposera au Christ mais se substituera à lui en singeant ses miracles et ses prodiges. Il niera l’incarnation et la Trinité divine (1 Jean 2.22-23 ; 4.3)​3​. Les chapitres 12 et 13 du livre de l’Apocalypse décrivent la Trinité maléfique qui portera le mal à son paroxysme. Satan en personne usera de son pouvoir de séduction pour tromper les hommes et persécutera violemment les disciples du Christ (Apocalypse 12.14). Il le fera par l’intermédiaire de deux personnages redoutables​4​, le premier exerçant le pouvoir politique, le second, le pouvoir religieux. Leur puissance de séduction, de corruption et de persécution s’exercera sur tous les peuples de la terre.

Voir aussi: Les combats eschatologiques en Islam sunnite et traditions biblique

Attitude chrétienne face à la fin des temps

Dans son discours, Jésus encourage ses disciples à mener une vie « éveillée ».

Discerner les « signes des temps » (Matthieu 24.32-33)

a) Guerres et idéologies meurtrières. Les deux guerres mondiales, puis le communisme soviétique et chinois ont fait de très nombreuses victimes, en particulier au siècle dernier. On estime leur nombre à au moins cent millions, ce qui fait du XXe siècle la période la plus sanglante de toute l’histoire humaine.

b) Multiplication des religions et des sectes chrétiennes. Ce phénomène trouble le paysage religieux partout dans le monde, en Orient aussi bien qu’en Occident, dans les pays sécularisés aussi bien que dans ceux où les religions jouent encore un rôle important.

c) Tremblements de terre. Le tsunami de 2004 a fait près de 300 000 victimes dans les pays bordant l’Océan indien.

d) Indifférence religieuse. En particulier dans les pays occidentaux marqués par la sécularisation et le matérialisme.

e) Persécution des chrétiens. Des ONG dignes de confiance, telles que Portes Ouvertes (PO) et Aide à l’Église en Détresse (AED), estiment que le nombre des chrétiens persécutés au cours des cent dernières années est supérieur à celui des chrétiens persécutés pendant les dix-neuf premiers siècles de l’histoire de l’Église. Leur nombre se monterait à plusieurs centaines de millions.

f) L’Évangile proclamé à tous les peuples. Grâce en partie à la mondialisation et à Internet, le message de l’Évangile est désormais accessible partout dans le monde. De fait, le nombre de personnes qui embrassent ce message va en augmentant, surtout dans les pays en voie de développement.

Vivre sobrement (Matthieu 24.36)

Le sujet de la fin des temps a donné lieu à de multiples prédictions qui se sont toutes révélées fausses. Des sectes chrétiennes ont exploité ce thème pour faire peur aux gens et recruter des personnes à la psychologie fragile. Pourtant Jésus a averti ses disciples : « Ce jour et cette heure, nul ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, personne sinon le Père, et lui seul » (Matthieu 24.36).

Pour les disciples du Christ, la sobriété signifie aussi vivre en tenant compte de la dimension passagère de cette vie et de la réalité du jugement dernier. En ce jour, nous devrons tous comparaître devant Dieu pour rendre compte de notre vie ici-bas.

Veiller et persévérer (Matthieu 24.13, 42)

Jésus insiste auprès de ses disciples sur la nécessité de demeurer en éveil et de ne pas tomber dans le sommeil spirituel qui a caractérisé la société de Noé : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur va venir » (Matthieu 24.42).

La tiédeur spirituelle menace les chrétiens vivant dans les sociétés sécularisées où ils sont peu inquiétés en raison de leur foi. Les chrétiens persécutés, eux, courent le risque de renier le Christ. C’est pourquoi Jésus prend soin de nous avertir : « [seul] celui qui tiendra bon jusqu’à la fin sera sauvé » (Matthieu 24.13).

Se préparer au retour du Christ

Jésus a annoncé à ses disciples qu’il s’en irait, mais reviendrait vers eux (Jean 14.3). Il leur a donné une première démonstration de sa promesse lorsqu’il s’est manifesté à eux après sa résurrection (Jean 14.18-19 ; 16.16). Pendant quarante jours, il les a enseignés puis est retourné au ciel (Actes I.2-3). Sa promesse a connu un deuxième accomplissement lorsque, dix jours après son ascension, Jésus leur a envoyé le Saint-Esprit, la troisième personne de la sainte Trinité, conformément à ce qu’il leur avait annoncé (Jean 16.7 ; Actes 1.4-5 ; 2.1-4). L’ultime réalisation de sa promesse aura lieu lors de son retour en gloire. Le monde entier sera alors témoin de l’événement qui marquera la fin des temps (Matthieu 24.27). En attendant son retour, Jésus a confié à ses disciples la mission de proclamer l’Évangile à toutes les nations (Actes 1.8). L’achèvement de cette mission constituera un des signes principaux de la fin des temps (Matthieu 24.14 ; cf. 2 Pierre 3.12).

Libération finale

Le dernier livre de la Bible, « l’Apocalypse »​5​, lève le voile sur la victoire ultime de Dieu sur Satan et ses acolytes. Cette victoire impliquera le jugement de notre vieux monde et la délivrance du peuple de Dieu des mains de ses ennemis. Une courte et très belle prière conclut ce livre : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Apocalypse 22.20), ou, comme le disent les chrétiens de langue araméenne : Marana tha, « Notre Seigneur, viens ! » (1 Corinthiens 16.22). Alors Jésus mettra fin aux tourments des chrétiens persécutés et aux malheurs de tous ceux qui souffrent d’une manière ou d’une autre. Enfin se réalisera la promesse du prophète Esaïe concernant la nouvelle création (cf. Matthieu 24.8) :

Voici la demeure de Dieu avec les hommes.

Il demeurera avec eux.

Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux.

Il essuiera toute larme de leurs yeux,

La mort ne sera plus.

Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance,

Car le monde ancien a disparu.

(Apocalypse 21.3-4 ; cf. Esaïe 25.8)

Au sujet de l’auteur: Chawkat Moucarry est syrien de naissance et français d’adoption. Il est titulaire d’un doctorat en islamologie. Il a publié plusieurs livres sur le christianisme et l’islam. Le dernier est intitulé A tout péché miséricorde. Pardon et châtiment dans l’islam et le christianisme. Son prochain livre (à paraître en mars 2022) aura pour titre L’islam à l’épreuve.

Notes


  1. ​1​
    Traduction Œcuménique de la Bible.
  2. ​2​
    Le mot grec anti peut avoir le sens de « contre » et « à la place de ».
  3. ​3​
    On donne aussi à ce personnage le nom d’« Antéchrist » parce qu’il précédera Christ. Il en sera le suprême Adversaire.
  4. ​4​
    Symboliquement désignés comme « la bête qui monte de la mer » et « la bête qui monte de la terre ».
  5. ​5​
    C’est un livre qui, comme le mot grec l’indique, signifie littéralement « dévoilement » ou « révélation ».

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