Issa est-il Jésus?

Issa est-il Jésus? Oui, affirment les musulmans avec le plus profond respect. Mais le Jésus dont ils reconnaissent la grandeur est-il le Jésus de l’Evangile? Non, répond un pasteur rompu au dialogue avec les musulmans.

Le weekend de Pâques dernier, un journal romand a cru de bon ton de publier en pleine page un article intitulé : « Jésus, trop bien pour être crucifié ? ». Le papier, émanant d’une agence de presse protestante, fait l’éloge d’une figure littéraire du Coran qui se nomme Issa et qui est une construction musulmane tardive à propos de Jésus. Il s’agit d’une construction très problématique puisque selon le Coran cet Issa/Jésus n’est jamais mort sur la croix et n’est jamais ressuscité. Il était trop bien pour ça, selon l’article manifestement admiratif.

Lire Jésus, trop bien pour être crucifié?

Passons sur l’indélicatesse dont témoigne une telle publication à l’égard du lectorat chrétien le jour de Pâques. La provocation fait vendre, vieille ficelle… Ce qui est grave à mes yeux est qu’à aucun endroit de l’article cette construction n’est mise en perspective. La vérité n’est jamais dite, à savoir qu’il s’agit en fait d’une attaque en règle contre l’essence même de la foi chrétienne. En forgeant leur Issa, le ou les rédacteurs du Coran savaient parfaitement qu’ils visaient au cœur de ce qui constitue l’Évangile. Ils ont voulu décrédibiliser Jésus-Christ au profit de leur prophète.

Cet Issa/Jésus n’est pas un possible trait d’union entre les cultes et cultures, comme le prétend un certain irénisme naïf à la mode, mais tout le contraire. Il s’agit d’une fin de non-recevoir et d’un rejet catégorique de ce que Saint Paul affirme : « Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine… »

Quelques remarques maintenant à propos de ce passage des Corinthiens.

Première remarque

On n’a pas attendu le Coran pour avoir des doutes à propos de la résurrection de Jésus. Il y en a dans l’Église de Corinthe qui disent que… ; il y a Hyménée et Philète; il y a la figure de Thomas dans l’Évangile de Jean et le commentaire qui l’accompagne ; il y a celles qui pensent qu’on a volé le corps ; il y a les philosophes d’Athènes qui éclatent de rire au nez de Paul ; il y a le gouverneur romain Festus qui s’inquiète de sa santé mentale…

On ne peut vraiment pas dire que les textes du Nouveau Testament éludent la difficulté ! En face du doute raisonnable, ils placent le saut de la foi, ce qui est la seule et unique alternative.

Tout le monde comprend que l’enjeu est considérable. En effet quelque chose (la résurrection de Jésus) qui ne peut faire l’objet d’aucune explication naturelle donne son sens à ce que nous chrétiens croyons et disons.

Deuxième remarque

La résurrection n’est pas au départ une idée chrétienne… Ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée, on y croyait bien avant eux et en dehors d’eux. On la trouve déjà sous la plume du prophète Daniel. Depuis elle n’a cessé de prendre de l’importance au point de devenir un pilier de la foi juive. Le Talmud expose que chaque passage de la Bible, n’importe lequel, implique la résurrection mais nous n’avons pas suffisamment de finesse d’esprit pour l’apercevoir.

C’est une idée au fond assez simple, étroitement liée au Dieu créateur. Si Dieu est celui qui a créé une fois, au commencement du monde et des choses, pourquoi n’aurait-il pas la capacité de créer à nouveau ? Rien ne l’empêche. Les maîtres anciens recourent à l’image du souffleur de verre. Si un vase de verre créé par le souffle de l’homme vient à se briser, il peut être refondu et recréé. A plus forte raison, le souffle de Dieu peut recréer ce qui est mort, littéralement ressusciter ses créatures.

Seulement cette résurrection est située d’ordinaire à la fin des temps. A Jésus qui lui dit : Ton frère (Lazare) se relèvera de la mort, Marthe répond : Je sais qu’il se relèvera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. C’est la conception orthodoxe à l’époque de Jésus.

Mais cette conception orthodoxe reste dans le domaine des idées, elle est abstraite, lointaine, renvoyée à la fin de l’Histoire. J’attire votre attention sur ce point très important.

Troisième remarque

J’en viens à la formule de Paul : Si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. Vaine est un adjectif qui n’a pas été choisi au hasard. Une chose vaine est une chose sans réalité, sans contenu, sans efficacité. Une simple illusion. Si Christ n’est pas ressuscité notre foi est une illusion.

Ici Paul nous fait sursauter. Il a l’air de penser que toute notre foi se résume à la seule résurrection de Jésus. Mais est-il impensable d’imaginer une foi sans Jésus-Christ ressuscité ? Que devient tout le reste ? Car enfin on n’a pas attendu le matin de Pâques pour croire en Dieu! Que devient le Dieu créateur de la Genèse? Que devient le Dieu éthique qui inspire à Moïse ses commandements ? Que devient le Dieu intérieur, intime, que Jésus a appelé « mon Père » ? Est-ce que ça, ce n’est rien à croire, vain, illusoire ?

Je me permets de répondre à la place de Paul : Toutes ces croyances orthodoxes sont belles et bonnes mais elles restent dans le domaine des idées abstraites, elles constituent une forme d’idéologie parmi d’autres, pas plus.

Ce que veut dire l’apôtre est ceci. Il est vain de croire que Dieu a agi il y a très longtemps dans le passé et de spéculer qu’il agira à la fin des temps s’il n’agit pas ici et maintenant dans la vie des hommes pour la transformer. La résurrection de Jésus est la manifestation au présent de la créativité divine, ininterrompue depuis le commencement des jours et jusqu’à la fin des jours. Le tombeau vide a donné une réalité, un corps c’est le cas de le dire, à une idée religieuse qui préexistait. Ce qui était abstrait est devenu concret. Comme au Sinaï, au jardin de Gethsémané Dieu a agi, Dieu a parlé. De nouveau.

Du coup effectivement l’Ecriture sainte, de la première ligne à la dernière, ne parle que de cette réalité, celle de l’action de Dieu ici-bas.

Ou bien Dieu a les moyens d’agir ou il ne les a pas. Ou bien il est celui dont le prophète Jérémie dit que lui seul a le pouvoir de créer quelque chose de nouveau en ce monde ou bien il n’a pas ce pouvoir. Ou bien il est une énergie spirituelle qui se déploie ou bien rien du tout. Dans ce dernier cas oui, c’est une illusion, les Écritures sont un recueil d’émouvantes historiettes. Il n’y a rien à prêcher, rien à croire, plutôt que de perdre notre temps dans cette assemblée, nous ferions mieux d’aller boire un café – pour autant que les cafés soient ouverts…

Quatrième remarque

Il y a des conséquences dont la principale est celle-ci : Si le Christ n’est pas ressuscité, vous êtes encore dans le péché.

Qu’est-ce à dire ?

Dans le péché nous demeurons prisonniers la culpabilité, écrasés par le poids de nos fautes, sans jamais pouvoir nous en dégager. Une vie dans le péché est une vie dans laquelle le pardon n’existe pas. Pas de pardon donc pas deuxième chance, pas de recommencement, pas de changement véritable, pas de relance de la vie.

Vous me demanderez: Qu’a à voir cette histoire de pardon ici? Tout, absolument tout. Qu’est ce qui se passe quand on accorde le pardon à quelqu’un qui vous a offensé et qui vous le demande ? On recrée une nouvelle relation. On rétablit quelque chose qui était mort.

Donc si Dieu n’a pas la capacité de ressusciter maintenant, il n’a pas non plus celle de pardonner efficacement. Le pardon est une forme de re-création, de résurrection intérieure, qui apaise ma relation avec les autres et m’allège suffisamment pour que je puisse poursuivre le fil de mon existence ? Tel est le cœur de l’expérience chrétienne.

Si le pardon reste abstrait, rien ne change et la culpabilité s’accumule. Si le pardon est efficace, alors il y a un relèvement et je peux connaître une nouveauté de vie.

Pour le dire autrement, si le Christ n’est pas réellement ressuscité, la grâce est un vain mot ! On retombe dans le système des mérites et de la quête éperdue (ô combien vaine elle aussi !) de l’autojustification et de l’impossible innocence. Exactement ce que nos Réformateurs ont combattu.

Ce n’est pas faire injure à la religion à laquelle se réfère l’article que j’ai cité en commençant de rappeler qu’elle se présente comme un système judiciaire des mérites et des œuvres particulièrement rigoureux. Un code pointilleux, culpabilisant et punitif (en islam l’enfer commence dès la mise en terre du défunt !) qui divise tout en permis / défendu, pur / impur, etc…. C’est le retour à la malédiction de la Loi contre laquelle Paul s’est élevé tout au long de ses écrits.

Voilà pourquoi si Christ n’est pas ressuscité, nous demeurons dans le péché.

Peut-être vous me trouverez ce matin un ton un peu polémique. Je ne le pense pas. Notre époque mondialisée est en train de connaître, par la force de choses, des changements de civilisation. Sans qu’elle l’ait cherché d’aucune façon, la foi chrétienne se trouve questionnée publiquement dans son contenu par des croyances autres, étrangères. Elle ne peut faire autrement, sous peine d’extinction, que d’assumer une part de controverse, de manière certes toujours mesurée, courtoise mais ferme. Belle opportunité pour se redéfinir pour ce XXIème siècle.

Se redéfinir et bien sûr vivre ce qu’on croit

En luttant contre les puissances et les dominations qui maintiennent les êtres humains sous leur joug. En sachant pardonner quand il le faut, en répondant au mal par le bien, et en pariant sur les victoires toujours provisoires de la vie dans l’espérance qu’elles auront la victoire finale. Amen.

Lire aussi Jésus, Parole de Dieu dans le Coran

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