Allâhu Akbar, simple expression de piété ou cri de guerre?

Allâhu Akbat! Pourquoi cette simple expression suscite-t-elle instantanément méfiance et hostilité? N’est-elle pas la plus noble des invocations de la supériorité d’Allah sur tout autre dieu? Oui, justement, et c’est pour cela qu’elle est devenue un cri de guerre.

On reconnaît dans cette expression le terme Allah qui a la même racine sémitique qu’Elohim et El. Signe de cette proximité, la version arabe de la Bible désigne Dieu sous le terme d’Allah. D’autre part, musulmans, Juifs et chrétiens n’ont aucun doute sur le fait que la foi en Dieu rend les cultes idolâtres caducs. Ensemble, ils reconnaissent la grandeur de Dieu.

A-t-on mal compris le terme?

Mais alors pourquoi, en Occident, associe-t-on l’expression Allâhu Akbar au terrorisme, à la violence, au fanatisme et à l’obscurantisme ? Est-ce dû, comme l’affirment certains, à un attachement dogmatique aux enseignements des Lumières, à notre analphabétisme religieux et à notre culture du non-sens ? Dans une certaine mesure, assurément. Mais est-ce la seule cause, et est-ce la plus importante ? L’idéologie islamiste n’en serait-elle pas la raison déterminante ?

Pour lire l’article de Hani Ramadan paru le 10 juin 2020 dans 24Heures, cliquer ici

Retour aux sources

Examinons quelques faits. Hassan al-Banna, « le Guide suprême » des Frères musulmans, a résumé son projet de société en un slogan bien connu : « Dieu est notre but, le Prophète est notre chef, le Coran est notre Constitution, la guerre dans le chemin d’Allah (jihad) est notre moyen, la mort au service de Dieu notre désir suprême ». Ces propos désignent bien Dieu comme but, mais ce but est atteint par la guerre qu’il a prescrite et pour laquelle les membres de la confrérie doivent se mobiliser et être prêts à mourir (en martyrs).

Les premiers mots de la sourate 8.60 confirment cette manière agressive et violente de concevoir le « service de Dieu ». Ils figurent d’ailleurs sur l’emblème des Frères musulman, au-dessous de deux sabres croisés et d’un coran. On peut lire : « Et préparez (pour lutter) contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée afin d’effrayer (terroriser ou jeter l’effroi, littéralement) l’ennemi d’Allah et le vôtre ». Mahomet a reçu ce verset pour rendre licite une des premières batailles menées par ses troupes contre les polythéistes. Il a utilisé le cri Allâhu Akbar pour signifier qu’il faisait la guerre au nom d’Allah. C’est précisément le modèle que suit l’islam politique et guerrier de nos jours, ce contre quoi s’élève une majorité de musulmans laïcs.

Un cri de ralliement

Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’en Occident, les partisans de l’islam politique – tels les Frères musulmans – s’évertuent à mettre l’accent sur son caractère strictement dévotionnel. Mais ce faisant, ne tentent-ils pas de dissimuler une réalité embarrassante. Allâhu Akbar est en effet le cri de guerre de nombreux groupes terroristes inspirés par idéologie « frériste ». D’après Bärbel Debus, avant que les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 ne passent à l’action, Ben Laden les aurait exhortés en ces mots  : « Dans la bataille, combattez comme un héros à qui cette vie n’a plus rien à offrir. Criez haut et fort : ‘Allahu-akbar’, car le ‘Takbir’ [louange d’Allah] remplit le cœur de l’incroyant de peur et de terreur. »

Voir Les commandos suicides ont-ils des ancêtres?

Ce cri est aussi celui de l’islam politique. Mais, en Occident, il adopte une discrète approche d’infiltration culturelle afin de reprendre le contrôle sur la vie de nombreux musulmans qu’ils cherchent à rallier à leur cause. Il y a donc quelques bonnes raisons pour lesquelles Allâhu Akbar résonne mal à nos oreilles.

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