Unité et diversité de l’islam

L’islam, comme toute grande tradition, articule à la fois une unité et une extrême diversité.

 

L’unité est celle d’une référence commune à des textes fondateurs partagés. La diversité est celle des innombrables interprétations possibles –anciennes et nouvelles- de ces textes dans des contextes culturels différents[1].

 

L’islam s’est scindé très tôt dans son histoire en trois mouvements : le sunnisme, le chi’isme et le kharijisme. Mahomet, étant mort sans un fils pouvant lui succéder, des conflits d’interprétation et de légitimité dans la direction du mouvement ont rapidement apparu. Des guerres sanglantes ont divisé la communauté musulmane en sunnites, chi’ites et kharijites. Et ces divisions perdurent jusqu’à aujourd’hui.

 

Sunnisme

 

Le sunnisme est la doctrine de ceux qui se présentent comme le « peuple de la sunna et de la communauté» (ahl al-sunna wa-l-jamâ’a). « Sunna » est un mot arabe signifiant habitude, ou norme de conduite, et désigne la « coutume du Prophète ». Les sunnites, pour élaborer leur compréhension et leur pratique de l’islam, se fondent sur le Coran et les hadîths reconnus par eux, et tels que compris par le consensus (ijma) communautaire des premiers compagnons de Mahomet et de leurs successeurs.

 

Au sein de l’islam, les sunnites sont majoritaires et représentent plus de 85% des musulmans.

 

Les quatre écoles juridiques sunnites reconnues sont les écoles hanafite, malékite, shaféite et hanbalite.

 

Chi’isme

 

Le chi’isme est la doctrine de ceux qui se présentent comme « les partisans d’Ali » (shi’atu Ali). « Shî’a » est un mot arabe qui signifie parti. Les chi’ites, pour élaborer leur compréhension et leur pratique de l’islam, se fondent sur le Coran et les hadîths reconnus par eux, et tels que compris par Ali (cousin et gendre de Mahomet), ses deux fils Hassan et Hussein, et les imams héréditaires qui les ont suivi. Après l’assassinat de Uthman, le troisième calife, Ali devint calife à son tour en 656 à Médine. Il fut assassiné par un kharijite en 661 à Koufa (Iraq).

 

Au sein de l’islam, les chi’ites représentent environ 10% des musulmans.

 

Lors des siècles qui ont suivi, et pour cause de divergences quant à la reconnaissance du successeur légitime de la communauté musulmane, les chi’ites se sont divisés à leur tour en différentes branches.

 

Les deux principales sont :

 

– les duodécimans (ou jafarites), majoritaires, qui reconnaissent douze imams ; ils sont établis principalement en Iran et en Iraq ;

– les septimans (ou ismaéliens), minoritaires, qui reconnaissent sept d’entre eux ; ils sont éparpillés dans le monde.

 

Au sein du chi’isme, les deux écoles juridiques jafarite et ismaélienne se sont développées jusqu’à ce jour[2].

 

A leur tour, les ismaéliens se sont subdivisés en différentes branches, notamment les nizaris et les druzes.

Les ismaéliens nizaris, la deuxième plus grande communauté chi’ite après les duodécimans, représentent entre 15 et 20 millions de fidèles. Ils reconnaissent dans le Prince Karim Aga Khan IV leur 49ème imam[3].

Quant aux druzes, ils seraient un peu plus de deux millions et sont établis principalement en Syrie, au Liban et en Israël.

 

Kharijisme

 

Le kharijisme est la doctrine de ceux qui se sont séparés d’Ali lors de la bataille de Siffin (657) qui l’opposait à Mu’âwiya, gouverneur musulman alors de Syrie. « Khâriji » est un terme arabe signifiant sortant. Les kharijites se sont séparés d’Ali lorsque celui-ci a accepté un arbitrage politique en sa défaveur au lieu de défendre son califat par les armes. En 658, Ali attaqua le camp des kharijites qui s’étaient opposés à lui et les extermina en grand nombre. Mu’âwiya se fit proclamer calife à Jérusalem en 660 et institua à Damas la dynastie sunnite héréditaire des Omeyyades (660-749). En 661, un kharijite assassina Ali. Les kharijites devinrent les ennemis acharnés et violents aussi bien des chi’ites que des Omeyyades. Une parole coranique fut au fondement de leur orientation.

 

Si deux groupes de croyants en viennent aux mains, réconciliez-les ! Mais si l’un d’eux se montre intransigeant, combattez alors l’agresseur jusqu’à ce qu’il s’incline devant l’ordre de Dieu. »

Sourate 49 (106ème) :9

 

Les kharijites assimilèrent d’abord le camp de Mu’âwiya au groupe rebelle et prirent donc fait et cause pour Ali. Puis, voyant que Ali avait cessé de combattre Mu’âwiya, ils s’opposèrent violemment à lui.

 

Au sein de l’islam, les kharijites sont aujourd’hui une minorité infime (quelques millions) et Oman est le seul pays où ils sont majoritaires.

 

L’unique école juridique kharijite qui a survécu jusqu’à aujourd’hui est l’école ibadite.

 

 

 

 

Notes:

 

[1] Le centre de gravité du monde musulman ne se trouve plus dans le monde arabe, son lieu d’origine. En 2010, voici les 7 pays ayant la plus forte concentration de musulmans : 1. Indonésie (205 millions) 2. Pakistan (178 millions) 3. Inde (177 millions) 4. Bangladesh (146 millions) 5. Nigéria (76 millions) 6. Turquie (75 millions) 7. Iran (74 millions). Le premier pays arabe arrive en 8ème position, à savoir l’Egypte (70 millions). Pour une première découverte de cette grande diversité, cf. de Paul Balta, L’islam dans le monde, La Découverte/Le Monde, Paris, 1986.

[2] Les ismaéliens se sont séparés des ja’farites sur la question de la succession de Ja’far al-Sadiq. Alors que les ismaéliens ont reconnu le successeur légitime en Ismaël ben Jafar le 7ème imam (d’où le nom de septimaniens), puis en son fils Muhammad ibn Ismaël, les ja’farites l’ont reconnu en Mûsâ al-Kazîm, le frère cadet d’Ismaël. Se disant les descendants de Fatima (fille de Mahomet et épouse d’Ali), les ismaéliens furent aussi appelés les fatimides. Ce sont eux qui ont régné sur l’Egypte de 909-1171 et ont fondé la prestigieuse université Al-Azhar du Caire.

[3] Sur la riche histoire des ismaéliens (dont l’épisode des « Assassins » du 13ème siècle qui consumaient du « haschich » avant de commettre des meurtres) jusqu’à la période moderne qui a vu l’établissement d’une communauté émancipée et progressiste, cf. de Bernard Nantet et Edith Ochs, Les Fils de la Sagesse. Les ismaéliens et l’Aga Khan, Paris, JC Lattès, 1998 et Farhad Daftary, The Ismâ’îlîs, Their history and doctrines, Cambridge University Press, 2004.

 

 

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