Comprendre l’islam, avec ou sans niqab

En un peu plus de dix ans, voici la deuxième initiative populaire visant à restreindre l’expression publique de l’islam politique en Suisse. Que cette seconde initiative passe ou pas, nous risquons malheureusement, faute d’avoir traité le problème de fond, de devoir nous prononcer sur de nouvelles initiatives dans les années à venir.

Autres motifs de possibles initiatives

Bien d’autres revendications d’associations musulmanes provoquent en effet des controverses : les heures de piscine réservées aux femmes, le refus des cours de gymnastique pour les jeunes filles, le voilement des fillettes impubères à l’école, les carrés musulmans requis pour que les défunts musulmans reposent à l’écart des infidèles, l’exigence de viande hallal dans les cantines, les lieux de prière en entreprises, et bien d’autres demandes éventuelles. Pour tarir le cours de ces revendications, n’y aurait-il pas une meilleure solution que de lancer des initiatives populaires successives pour inscrire l’interdiction de chacune d’elles dans la Constitution ?

Cette dernière initiative semble révéler que le grand public réagit à des phénomènes dont on évite d’évoquer les causes profondes. C’est apparent dans l’argumentaire des initiants en faveur de l’interdiction du voilement du visage aussi bien que dans les divers argumentaires de leurs opposants. C’est donc au niveau des causes qu’il faut réfléchir mais c’est ce qui a manqué au cours de la plupart des débats sur le sujet.

Réactions adverses

L’interdiction du voilement du visage, comme ce fut le cas de celle des minarets, veut sanctionner une manifestation de l’islam politique dans l’espace public. C’est, par nature, une démarche politique. Mais, tandis que certains y voient le moyen de sanctionner des pratiques incompatibles avec notre civilisation, d’autres les dénoncent comme des expressions d’islamophobie, de racisme et d’intolérance.

Il est indéniable que certaines croyances et pratiques de l’islam politique posent la question de ce qui est tolérable dans notre pays. Quelle est, en effet, la mesure d’incompatibilité sociale, religieuse et politique qu’une société peut supporter sans mettre en danger sa cohésion ? C’est le point qu’il faut examiner.

L’islam politique et sa vision de la société

Pour les partisans de cet islam, le comportement social et la manière d’occuper l’espace relèvent de lois divines. Ainsi, le religieux produit le droit que le politique est censé mettre en œuvre. Selon ce schéma, si, dans un pays qui défend la liberté de religion, les islamistes peuvent donner une justification religieuse à une pratique – port du voile ou du niqab par exemple – ils savent qu’il sera difficile de l’interdire puisqu’eux aussi invoquent la liberté de religion. D’autre part, pour l’islam politique, une prescription « religieuse » ne se réduit jamais à une pratique individuelle. Elle détermine toujours une forme de vie sociale qui, à son tour, donne naissance à des revendications politiques qui doivent naturellement conduire à la formation d’une société musulmane parallèle. Cette mécanique, qui peut sembler imparable, opère actuellement dans certains pays voisins.

Les limites à poser

Est-il possible de s’en prémunir ? Il existe au moins deux moyens de s’opposer à cet appareil envahissant. D’abord, rappeler que la liberté religieuse n’est pas un absolu intangible. Elle est soumise à la notion de « dignité » de l’être humain. Si des pratiques comme la polygamie, la lapidation des adultères ou la mise à mort des apostats sont interdites par nos lois, c’est parce qu’elles violent le principe de dignité et de liberté humaine. Par conséquent, aucune de ces pratiques ne peut être revendiquée chez nous au nom de la liberté de religion. C’est une première limite à poser.

Ensuite, il faut clairement tracer les frontières que l’islam doit respecter dans notre société en rappelant que son cadre conceptuel, que résume la triade « religion-droit-politique », diffère substantiellement du nôtre. Dans les divers régimes politiques occidentaux, la religion, le droit et la politique ne constituent pas ensemble un monobloc mais forment trois entités indépendantes (en principe) en relations organiques les unes avec les autres. Ensemble et individuellement, elles participent de notre « état de droit ».

Un cadre de pensée partagé

C’est à partir de ce cadre conceptuel – qui rend possible la liberté de religion, la liberté de pensée et la capacité d’une société à légiférer selon ses besoins – qu’il faut aborder les questions relatives au vivre ensemble posées par l’islam politique. Ce cadre de pensée devrait permettre d’établir le champ dans lequel les musulmans peuvent pratiquer leur foi sans pour autant entraîner l’émergence d’une société parallèle qui obéirait à d’autres lois contredisant frontalement nos principes. En d’autres termes, c’est aux musulmans de s’adapter à notre cadre conceptuel et non l’inverse.

Si la présente initiative procède de la volonté de résister à l’islam politique dont le voile et le niqab sont des symboles, il faut saisir cette occasion pour réaffirmer qu’il n’est pas possible de justifier par la religion un traitement dégradant de l’être humain (comme le fait le message misogyne attaché au port du voile et du niqab) et qu’une religion ne peut prétendre régir la vie sociale en se servant de sa puissance politique pour imposer ses vues. C’est ce que la Constitution devrait permettre de rappeler à tous ceux qui, invoquant la liberté de religion, voudraient faire reconnaître des pratiques fondamentalement contraires à nos valeurs​1​.


  1. ​1​
    Plus radicalement, il faut dénoncer l’immunité religieuse dont se sert l’islam politique pour tromper les sociétés occidentales. Plus qu’une religion, il est une doctrine politique totalitaire qui se dissimule sous les oripeaux de la religion, ce qui échappe complètement à la majorité des politiciens et des peuples occidentaux.

VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE ?
S’abonner à notre newsletter.

En soumettant ce formulaire, j’accepte la politique de confidentialité

Articles en relation

Portraits d’Oman

Suite à ses recherches sur la condition de la femme à Oman, Karen Bernoulli s’est rendue dans le pays pour y approfondir ses connaissances linguistiques