Que faites-vous des victimes de l’islam ?

J’ai grandi au « Kurdistan », un pays qu’on associe volontiers à la philosophie laïque, et ma sympathie allait naturellement vers la gauche politique, contre les vues conservatrices que je considérais comme religieuses et tournées vers le passé.*

Quand je suis venu étudier aux États-Unis, j’ai conservé ce positionnement et j’ai rejoint divers groupes universitaires de tendance libérale dont les membres se sont ajoutés à ceux de mon réseau social ouvertement ancrés à gauche. À part sur la question de mon profond soutien à la guerre en Irak et à la libération du Kurdistan, j’avais un sentiment de proximité avec mes collègues libéraux dont je partageais les idéaux.

La ligne de séparation

Mais après les terribles attentats terroristes de Paris (2015), ce sentiment de solidarité et d’appartenance a commencé à s’effriter. Des étudiants m’ont boudé et m’ont accusé de sectarisme et de racisme parce que je parlais ouvertement des dangers de l’islam. Chez moi, au Kurdistan, j’ai toujours milité pour la séparation de la mosquée et de l’État. Mais m’opposer à toute domination religieuse aux États-Unis s’est révélé être une tout autre histoire. Apparemment, on ne pouvait critiquer que certaines religions alors que d’autres semblaient jouir d’un statut sacro-saint. Suite à mes interventions, j’ai été exclu de divers forums de gauche et de groupes Facebook où j’avais longtemps été considéré comme un participant bienvenu. La situation s’est dégradée à un tel point que j’avais peur d’exprimer honnêtement mon opinion, une situation que je n’avais jamais connue, même en Irak.

Le plus grand obstacle sur le chemin du monde musulman

Pour une raison que j’ignore, certains ne veulent pas écouter ceux qui ont été victimes de l’islam exprimer leur opposition à cette religion. Je crois pourtant fermement que le plus grand obstacle sur le chemin du monde musulman est l’islam lui-même. C’est donc une situation absolument affligeante que de voir les membres d’une démocratie libérale occidentale craindre la critique s’ils s’opposent à une forme d’hégémonie religieuse alors que ceux qui vivent dans un pays du Moyen-Orient déchiré par la guerre ne connaissent pas une telle peur.

Comme je n’avais pas suffisamment d’espace intellectuel pour exprimer franchement mon opinion et parler de mes expériences, j’ai dû me tourner vers Les ex-musulmans en Amérique du Nord, une organisation consacrée à ceux qui, comme moi, sont des dissidents anticléricaux issus de l’islam.

Personnellement, je ne comprends toujours pas comment défendre l’islam est devenu une posture libérale alors que l’islam est une idéologie profondément conservatrice qui se dresse contre la plupart des normes et des valeurs libérales. N’y a-t-il pas, au cœur du libéralisme, la volonté de combattre les idéologies qui nuisent à la dignité humaine ? Pourquoi faudrait-il protéger un islam non réformé qui considère le VIe siècle avec nostalgie et tente de nous y ramener ?  Il y a une différence considérable entre défendre les libertés individuelles des êtres humains, qu’ils soient musulmans ou autres, et défendre les idées qui leur sont chères.

Critiquer l’islam devrait être la priorité d’une personne libérale

Si vous estimez que traiter les femmes comme des citoyennes de seconde classe, tuer les apostats, interdire les droits des homosexuels, restreindre ou d’éliminer la liberté individuelle, soutenir la maltraitance des enfants, autoriser l’excision et le mariage des mineurs, et bien d’autres pratiques du même ordre, ne nécessite aucune remise en question, comment, en bonne conscience, pouvez-vous encore vous qualifier de « libéral » ? Comment pouvez-vous mettre en péril vos principes fondamentaux en tolérant ce qui menace directement vos normes et vos croyances ?

J’ai grandi dans un environnement musulman. Cela donne un certain poids à ma parole, en tout cas pour ceux qui croient que l’expérience peut donner du poids à une parole. Alors, commençons par mettre de côté Al-Qaïda et l’État islamique, puisqu’ils sont généralement considérés comme trop barbares pour appartenir au monde libéral et civilisé. Considérons donc les communautés et les pays à majorité musulmane. Selon le rapport de 2015 de l’IHEU – International Humanist and Ethical Union’s Freedom of Thought – 13 des 13 pays qui imposent la peine capitale pour apostasie sont à majorité musulmane. Les données du Pew Research Center de 2012 ont également indiqué que la grande majorité des pays musulmans interdisent l’apostasie et le blasphème, l’un et l’autre sanctionnés par des peines allant de 10 ans d’emprisonnement à la peine capitale. Aucun pays musulman ne reconnaît pleinement les droits des ex-musulmans et des dissidents anticléricaux. La plupart d’entre eux, y compris des bastions libéraux comme la Turquie (sic), retiennent dans leurs prisons des hommes et des femmes accusés d’incrédulité. Comparez cette pratique avec le sort fait aux incrédules dans la plupart des pays occidentaux. Quand s’est tenu le dernier procès en hérésie ? Combien d’hommes et de femmes sont, aujourd’hui, emprisonnés pour incrédulité ?

On m’a souvent dit que défendre l’islam revient à défendre les victimes de discriminations et de racisme. Bien que cela puisse être vrai dans certains contextes occidentaux, le fait est que les ex-musulmans, comme moi, sont menacés et régulièrement assassinés par des musulmans, partout dans le monde. Comparez ce fait à un autre : combien de pays occidentaux prescrivent la peine capitale pour les personnes musulmanes ? AUCUN ! Cela ne signifie pas qu’il n’y a ni racisme antimusulman ni sectarisme dans ces pays.… (Le problème, c’est que ni l’extrême droite ni les libéraux) ne veulent briser l’hégémonie de l’islam sur nos vies. Ni l’un ni l’autre n’est disposé à faire la distinction entre les individus et l’idéologie. Néanmoins, j’en reste convaincu, toutes les idéologies doivent être critiquées.

C’est mon amour profond pour les musulmans qui motive ma critique de l’islam

Quand nous affirmons que l’islam est une mauvaise idéologie, nous ne sommes pas en train de dire que les musulmans, pris individuellement, sont mauvais. Si les musulmans condamnent l’apostasie, leur raison de le faire ne réside pas en eux-mêmes mais dans la doctrine islamique. Leur intolérance envers les dissidents n’est pas génétiquement programmée. Toute ma famille est musulmane et je tiens profondément à eux. En fait, c’est mon amour profond pour les musulmans qui motive ma critique de l’islam. Je crois que la source principale des problèmes que connaît le monde islamique réside dans l’islam lui-même plutôt que dans le colonialisme, le chômage, l’analphabétisme, la pauvreté et ainsi de suite. Les deux facteurs qui font le plus de tort au monde musulman sont le terrorisme et les musulmans radicaux qui, selon Maajid Nawaz, ont « détourné l’islam » et diabolisent tous ceux qui pensent autrement qu’eux.

Ceux qui se font exploser chantent « Allah u Akbar » plutôt qu’un air de Rock and Roll. Ils sont motivés par la doctrine islamique…. Ils sont motivés par leur vision de l’islam et non par un bénéfice matériel quelconque. Pour que les choses changent, il faut remettre en question ces normes. Pour que les ex-musulmans puissent vivre sans craindre pour leur vie, il est nécessaire de contester la pertinence de l’islam. Si vous sympathisez avec le sort actuel des musulmans, vous êtes tenu de critiquer l’islam. C’est la seule façon rationnelle et raisonnable d’aller de l’avant, c’est aussi la façon dont l’Occident a progressé en brisant les chaînes du dogme chrétien.

Laissez ceux qui sont victimes de l’islam combattre pour leur liberté

Si vous avez trop peur et manquez d’assurance, si vous vous estimez mal équipés pour critiquer l’islam, au moins faites de la place et laissez ceux d’entre nous qui en sont victimes se lever et riposter. S’il vous plaît, arrêtez de tenter de nous faire taire et d’effacer notre existence. Si vous choisissez de prendre le parti des conservateurs religieux islamiques contre les libéraux, contre les laïcs – à cause de notre couleur de peau ou en raison de notre origine géographique différente – sachez que vous faites obstacle au développement humain et que vous blessez un peu plus les victimes de l’islam en réduisant au silence des voix qui sont essentielles au progrès.

Source: https://www.theexmuslim.com/2016/04/12/what-about-the-victims-of-islam/

*Avertissement: L’auteur de cet article est seul responsable de ses propos. Le fait que nous publiions son point de vue ne signifie pas que nous l’approuvions en tout.

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