Pourquoi j’ai quitté ‘Islam’ et n’y reviendrai pas

Soran Tarkhani, auteur de cet article, est originaire du Kurdistan irakien. Actuellement maître de conférences adjoint à l’Université Salahaddin à Erbil, il prépare un doctorat en sciences politiques.

En lisant la réponse de Sidra Mahmood au documentaire de VICE News[1] ‘Rescuing Ex-Muslims: Leaving Islam’, j’ai été profondément déçu. Non parce que sa réponse aurait ressemblé aux menaces de mort dont nous, ex-musulmans, sommes la cible, mais parce que, alors même qu’elle prétend avoir rejeté un jour la foi musulmane, elle ne veut pas admettre que la raison de notre rejet de l’islam réside dans l’islam lui-même. Réduire de façon simpliste les questions des ex-musulmans à une problématique sociale montre bien que les musulmans sont peu disposés à aborder les questions de fond.


Franchement, la plupart des ex-musulmans ne se détournent pas de l’islam parce qu’on leur interdit de porter des jeans ou de regarder des feux d’artifice. Nombre de musulmans portent des jeans et regardent des feux d’artifice, mais cela ne les empêcherait pas de s’en prendre à vous violemment s’ils découvraient que vous n’adhérez plus à l’islam. Ceux qui rejettent cette religion le font parce qu’ils aiment la vérité. Sortir de l’islam est l’aboutissement d’une longue quête de la vérité au sujet de la foi. Assimiler l’incrédulité à une manière d’acter son désamour pour Mohammed, tout en espérant lui découvrir un remplaçant, est un déplorable malentendu.

Les apostats auraient mal compris l’islam

Le titre de l’article de Sidra Mahmood suggère que le problème des ex-musulmans n’est pas simplement islamique. Elle se présente elle-même comme une ancienne ex-musulmane qui, après avoir pris ses distances vis-à-vis de l’islam, y est revenue parce qu’elle en aurait découvert l’essence véritable. À partir de son expérience personnelle, elle assume que les ex-musulmans n’ont, en réalité, pas compris leur propre religion. Malheureusement, elle ne démontre pas de manière convaincante que l’apostasie ne serait qu’une problématique sociale, fruit d’une mauvaise interprétation de l’islam.

L’apostasie dans le monde musulman n’est pas un phénomène nouveau qu’on peut simplement imputer à l’influence d’internet. Au nombre des documents historiographiques relatifs à la période qui a suivi la mort de Mahomet, certains sont consacrés à la guerre menée contre les apostats. Abu Bakr, le successeur immédiat de Mahomet, s’est engagé dans une guerre connue sous le nom de « Guerres de l’Apostasie » (632- 633 ap. J.-C.). Il a enjoint les apostats de l’époque à revenir à l’islam ou à se préparer à la guerre. Cet épisode de l’histoire islamique s’est soldé par des dizaines de milliers de morts. Sans surprise peut-être, le traitement islamique traditionnel de l’apostasie n’a pas changé au cours des quatorze derniers siècles. Selon un document de la Bibliothèque du Congrès sur l’apostasie, la grande majorité des pays musulmans[3] continuent d’appliquer les sanctions prévues par la charia contre l’apostasie. Même dans un pays comme la Malaisie, composé d’une majorité musulmane modérée, 62 % des personnes approuvent la condamnation à mort des apostats. En outre, pour une grande majorité de musulmans, la charia prévaut sur les lois civiles contemporaines, y compris chez les musulmans nés dans les pays occidentaux.

Le Coran et les hadiths parlent d’eux-mêmes

Pour clarifier la position islamique sur l’apostasie, je veux citer quelques-uns des principaux versets coraniques et Hadiths qui l’inspirent :

« Ils auraient aimé que vous mécroyiez, comme ils ont mécru, pour que vous soyez égaux ! Ne prenez donc d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans la voie de Dieu. Si ensuite ils tournent le dos, prenez-les et tuez-les où que vous les trouviez ; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur. » Sourate 4.9

« Mais s’ils sont revenus, ont élevé la prière et donné l’aumône épuratrice, ils deviendront vos frères dans la religion. Nous exposons les signes pour des gens qui savent. Si, après leur engagement, ils rompent leurs serments et attaquent votre religion, combattez alors les guides de la mécréance. Ils ne tiennent pas les serments. Peut-être s’interdiront-ils ! » Sourate 9.1-12

-… Le Prophète a dit : « Si quelqu’un (un musulman) rejette sa religion, tuez-le. » Bukhari (52.60)

« – L’apôtre d’Allah n’a jamais tué personne, sauf dans l’une des trois situations suivantes : (1) Une personne qui a tué quelqu’un injustement, a été tuée (à Qisas), une personne mariée qui a eu des rapports sexuels illicites et (3) un homme qui, s’étant battu contre Allah et son apôtre, a déserté l’islam et est devenu un apostat. » Bukhari (83.7)

« – [Dans les mots de] l’apôtre d’Allah, ‘Quiconque abandonne la religion islamique, tuez-le. » Bukhari (84.7)

– Apôtre d’Allah : « Dans les derniers jours, il y aura des jeunes gens stupides qui diront les meilleurs mots, mais leur foi n’ira pas au-delà de leur gorge (c’est-à-dire qu’ils n’auront pas la foi) et quitteront la religion comme une flèche se perd hors du jeu. Donc, où que vous les trouviez, tuez-les, car celui qui les tue aura une récompense au Jour de la Résurrection. » Bukhari (84.4-65)

« N’y avait-il pas un homme sage parmi vous pour lui résister quand il a vu que j’avais retenu ma main d’accepter son allégeance, et pour le tuer ? »[4] Abu Dawud (4346)

Bien que d’autres religions sanctionnent sévèrement leurs membres dissidents, ce genre de mesures tend à disparaître. Il n’y a que dans le monde musulman qu’on inflige des traitements violents à ceux qui décident de suivre leur conscience. La preuve c’est que les deux branches principales de l’islam (chiisme et sunnisme) soutiennent l’application de la charia qui prévoit la peine de mort pour les apostats.

Les sanctions prévues par la charia contre les apostats sont toujours en vigueur

Dans la foi islamique, une fatwa est un avis juridique prononcé par un jurisconsulte (mufti). Al-Azhar (habilitée à prononcer ce genre d’avis) dénonce l’apostasie comme l’un des crimes les plus odieux et exhorte les musulmans à tuer immédiatement un apostat s’il refuse de revenir à l’islam. La majorité des éminents érudits sunnites et chiites soutiennent toujours que les prescriptions de charia préconisent le traitement de l’apostasie le plus approprié.

Sidra Mahmood, avec d’autres, cite la première partie de la sourate 2:256 (« Nulle contrainte dans la religion »)  comme preuve que l’Islam n’interdit pas l’apostasie. Mais elle omet les autres passages qui définissent clairement les apostats et les non-musulmans comme des êtres mauvais qui égarent ceux qui ne reçoivent pas la parole d’Allah. J’avais sincèrement espéré que les apostats auraient une place dans le cœur des musulmans et dans l’islam. Malheureusement, contrairement à l’islam de Sidra, celui de la plupart des musulmans ne considère pas leur religion comme une oasis où l’on peut trouver de quoi satisfaire ses besoins …

Les anciens musulmans, ayant émigré ou qui sont nés dans les pays occidentaux, font face aux mêmes problèmes, sont soumis aux mêmes menaces et à la même persécution que ceux qui vivent dans les sociétés majoritairement musulmanes. C’est pourquoi les droits des ex-musulmans ne peuvent pas être défendus par de condescendantes expressions d’empathie. La première étape pour résoudre un problème, c’est de reconnaître qu’il y en a un et de l’affronter.

Faire le choix de la vérité

Si j’ai intitulé cet article ‘Pourquoi j’ai quitté l’Islam et n’y reviendrai pas, c’est parce que j’aime la vérité. Mais j’ai peur des représailles. Je ne peux pourtant pas me persuader que la terre est plate, que la lune a été fendue en deux par un personnage aux pouvoirs magiques ou par les membres d’une tribu du 7ème siècle montés sur des chevaux ailés se déplaçant à grande vitesse depuis La Mecque. Après avoir lu la « biographie » de Mohammad, je mentirais si je disais que je le considère comme un modèle. Après avoir étudié l’histoire islamique attentivement, je ne peux pas croire que le fondateur de l’Islam soit une « miséricorde pour l’humanité ». Je ne peux tout simplement pas fermer les yeux sur ce que le Coran et les Hadiths disent de lui. Je suis bien conscient de la difficulté d’assumer ma condition d’apostat, mais je refuse de faire taire ma conscience et de croire en quelque chose avec lequel je suis en total désaccord.



Notes

[1] Vice News est un site Internet couplé à une chaîne d’information mondiale qui diffuse des documentaires sur des sujets d’actualité. Elle a été fondée en décembre 2013 en tant que filiale de la société Vice Media. Vice News diffuse des articles et des reportages sur différents sujets, y compris des événements non couverts par d’autres sources d’information. Vice News et sa société mère sont basés à New York et disposent de bureaux nationaux dans plusieurs pays dont la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie. https://fr.wikipedia.org/wiki/Vice_News

[2] C’est-à-dire Afghanistan, Algérie, Bahreïn, Brunei, Egypte, Indonésie, Iran, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Mauritanie, Maroc, Oman,Pakistan, Qatar, Arabie saoudite, Soudan, Syrie, Tunisie, Émirats arabes unis et Yémen.

[3] Le hadith dont est extrait cette citation est le suivant : Rapporté par Sa’d ibn AbuWaqqas: Le jour de la conquête de la Mecque, Abdullah ibn Sa’d ibn AbuSarh se cacha avec Uthman ibn Affan. Il l’amena et le fit se tenir devant le Prophète et lui demanda : Accepte l’allégeance d’Abdullah, Messager d’Allah ! Il (Mahomet) leva la tête et le regarda trois fois, refusant chaque fois sa requête, mais accepta son allégeance après la troisième fois. Puis se tournant vers ses compagnons, il dit : N’y avait-il pas un homme sage parmi vous pour lui résister quand il vit que j’avais refusé d’accepter son allégeance et pour le tuer ? Ils ont dit : Nous ne savions pas ce que tu avais dans ton cœur, Messager d’Allah ! Pourquoi ne nous as-tu pas fait un signe des yeux ? Il   répondit : Il n’est pas conseillé à un prophète de tromper avec ses yeux.

Source: https://www.theexmuslim.com/2016/02/28/why-i-left-islam-and-chose-not-to-return/

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