Le féminisme musulman comme effort de renouveau et de modernisation

Les évènements du 11 septembre 2001 et les réactions qui ont suivi ont mis la foi musulmane – et particulièrement l’extrémisme islamiste – sous les projecteurs et ont fait d’elle un sujet de discussion sans fin. Alors que les opinions de musulmans politiquement actifs (islamistes) ou extrémistes sont devenus des sujets de plus en plus médiatiques, les musulmans libéraux ne sont pas l’objet de la même attention. Pourtant, le féminisme musulman peut être considéré comme une forme d’islam libéral.

 

Caractéristiques du féminisme musulman:

 

  1. La littérature arabe moderne fournit au féminisme musulman sa principale tribune. De façon générale, l’héroïne de l’histoire est une femme qui n’accepte pas les conventions sociales, religieuses et traditionnelles, et se rebelle contre elles. Elle s’oppose à ces règles dans sa recherche d’une vraie liberté et d’un amour épanoui.
  2. Les féministes musulmanes essayent de trouver, dans l’islam, leur identité de femmes orientales. En règle générale, elles rejettent les critères et la morale de l’Occident mais n’acceptent pas davantage les conceptions patriarcales de leur propre culture. Leur recherche d’identité s’exprime aussi dans la poésie, comme, par exemple, dans le poème « I » de l’auteure irakienne Nasik al-Mala’ika. Un des vers de ce poème dit : « Qui suis-je ? Mon moi le demande ».
  3. Les féministes musulmanes refusent de définir l’islam comme une religion violente. Elles font la différence entre « islamiste » et « musulman ». Pour elles, le mot « islamiste » sous-entend une forme d’islam politique et brutal qui s’exprime violemment à travers le terrorisme et le fondamentalisme, alors qu’un musulman est enfant d’une famille musulmane et vit sa foi selon ses appréciations personnelles.
  4. Les féministes musulmanes recherchent l’élément féminin dans l’islam et mettent l’accent sur le nouveau mode de vie, bien meilleur, que Mohammed accorda à ses femmes. Leurs explications s’appuient surtout sur la tradition et sur la description des rapports qu’a entretenus Mohammed avec ses femmes à la fin de la période médinoise.
  5. Les féministes musulmanes étudient le Coran et essayent de l’interpréter d’une façon moderne et adaptée au monde contemporain.
  6. Les féministes musulmanes sont fières d’être des femmes musulmanes au caractère bien trempé. Elles enseignent que l’islam accorde aux femmes le droit de circuler hors de leurs maisons sans entrave et de prendre des décisions indépendantes de la volonté de leur famille.

 

L’interprétation féministe de l’islam est-elle assez puissante pour s’imposer ?

 

Quand on considère la vision idéalisée qu’ont les féministes du statut des femmes dans l’islam et qu’on la compare à la réalité quotidienne en pays musulman, on peut supposer que leur interprétation – très intellectuelle – n’a de réalité que dans leur esprit et qu’elle ne change ni les situations concrètes des femmes – légalement discriminées dans l’islam – ni ne leur offre de solution pratique. La voix des féministes est trop faible pour être entendue (des élites) et trop intellectuelle pour être comprise des masses. De plus, c’est un point de vue exprimé non par des hommes mais par des femmes dont la voix a peu de poids aux yeux de la théologie musulmane officielle, même si elles sont professeures ou « hocas » et conduisent les femmes dans les prières rituelles.

 

Les musulmans conservateurs accepteront difficilement cette interprétation des choses et ses implications. Il semble qu’il y ait deux raisons fondamentales à cela : d’abord, l’islam officiel ne favorise pas l’analyse critique ; ensuite, il n’est pas ouvert à une discussion critique des modes de vie traditionnels que justifie la religion.

 

Ce double refus conduit au repli et à la survalorisation de la tradition, de l’héritage et de l’histoire de l’islam. Pour les musulmans traditionnels, un tel point de vue rend difficile, voire impossible, leur adaptation aux transformations de la vie moderne et à sa façon de penser et la réconciliation de l’islam avec le présent.

 

Une deuxième raison au manque d’ouverture des musulmans conservateurs aux idées féministes est le statut inférieur de la femme. Les musulmans conservateurs ne considèreront jamais les femmes comme des partenaires de discussion égaux quand il est question de théologie ou de sujets de société. Cette attitude s’appuie sur des considérations à la fois culturelles et religieuses. En fait, les musulmans conservateurs considèrent les représentantes d’une interprétation moderne et féministe de l’islam comme un danger pour l’ordre ancien. Ils ne cherchent pas à discuter avec ces femmes et ignorent leur littérature ou la mettent à l’index et l’interdisent. C’est pourquoi les écrits féministes provocants, comme par exemple les livres de Fatima Mernissi, fameuse activiste du droit des femmes, sont plus connus et trouvent davantage d’écho à l’Ouest que dans son propre pays, le Maroc.

 

 

Bibliographie

 

Mernissi Fatima, Lakeland Mary-Jo. The veil and the male elite: a feminist interpretation of women’s rights in islam. Oxford, 1992.

Schöning-Kalender Claudia, Neusel Ayla, Jansen Mechthild M. (Hg.). Feminismus, islam, Nation. Frauenbewegungen im Maghreb, in Zentralasien und in der Türkei. Frankfurt, 1997.

 

 

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