L’Algérie n’en a pas fini avec la persécution des non-musulmans

Dans un communiqué du 21 octobre dernier, l’Eglise Protestante d’Algérie (EPA) fait état du climat de harcèlement dont elle est l’objet de la part des autorités.

 

Au mois de février 2018, elles ont en effet inspecté l’Eglise d’Akbou et ordonné sa mise en conformité aux normes de sécurité, ce qui a été fait. Quelques temps plus tard, elles ont reproché à cette Eglise d’avoir un pasteur étranger, pasteur qui, depuis, a quitté le pays. Enfin, le 16 octobre, elles ont procédé – sans justification – à la mise sous scellés de cette l’Eglise en notifiant ses responsables de leur décision par un coup de téléphone la veille.

 

Climat d’oppression

 

Ce cas n’est pas isolé. Deux autres Eglises de la wilaya (département) de Bejaia ont déjà été fermées dans l’année en cours alors que toutes trois sont officiellement affiliées à l’EPA, une association agréée par arrêté ministériel en 1974.

 

D’autre part, les responsables de quatre Eglises de la wilaya de Tizi Ouzou ont été convoqués par la police pour interrogatoires, tandis que cinq chrétiens d’une autre wilaya sont poursuivis pour « prosélytisme » sur la base d’une accusation infondée.

 

Cette énumération d’actes d’intimidation et de harcèlement administratif résume le climat d’oppression et de persécution « douce » qui prévaut dans ce pays depuis l’ordonnance de 2006 fixant « les conditions et règles d’exercice des cultes autre que musulmans ».

 

Selon l’article 144 bis 2 du code pénal algérien, « quiconque offense le prophète et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen » doit être puni de 3 à 5 ans d’emprisonnement et d’une amende de 50 à 100 000 dinars.

 

Nombreuses infractions aux droits des individus

 

Or cette loi contrevient à la Charte universelle des droits de l’Homme des Nations Unies de 1948 qui précise, Art 2, que « Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune … de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de tout autre situation ».

 

Ce n’est pas tout. Le harcèlement que pratiquent les autorités contrevient à plusieurs autres articles de cette convention internationale, en particulier à l’Art. 12 spécifiant que « nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile … ».

 

Les pressions et persécutions que conduisent ces autorités locales contreviennent également au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, convention que l’Algérie a signée en 1968 et qu’elle a ratifiée en 1989. Selon ce pacte, chacun à la liberté de pratiquer la religion de son choix.

 

Plus préoccupant encore, ces actes répressifs contredisent de manière flagrante la Constitution algérienne elle-même. Elle garantit en effet les libertés fondamentales et les droits de l’homme et du citoyen (Art 32) ; la liberté de conscience et la liberté d’opinion (Art. 36) ainsi que la protection et l’inviolabilité de la vie privée et de l’honneur du citoyen et la liberté d’exercice du culte (Art. 42).

 

Impossible de rester silencieux

 

Face à cette accumulation de violation de droits garantis aux individus, il est absolument légitime pour l’Eglise Protestante d’Algérie de « défendre ses droits reconnus et consacrés par la Constitution algérienne et les Conventions internationales des droits de l’homme, ratifiées par l’Algérie… ».

 

Nous dénonçons donc avec elle, l’arbitraire de la mise sous scellés de ses trois lieux de culte à Bejaia, les intimidations à l’encontre des responsables de l’Eglise de Tizi Ouzou, et les procès intentés contre des chrétiens, faussement accusé de prosélytisme.

 

Nous réclamons « l’enlèvement des scellés aux lieux de culte fermés à Bejaia, l’arrêt des intimidations à l’encontre des chrétiens, l’abrogation de l’ordonnance 06-03 du 28 février 2006, censée régir et améliorer la situation des cultes non-musulmans, mais qui est actuellement utilisé comme arsenal répressif contre les chrétiens, et la délivrance du permis de construire à l’Eglise d’Akbou, bloqué depuis plus de quatre ans, et ce, malgré le dépôt d’un dossier en bonne et due forme ».

 

Appel au respect

 

L’Algérie s’honorerait grandement en respectant et faisant respecter les droits de ses propres citoyens. La paix et la prospérité d’un pays sont largement tributaires de la justice qui y règne et l’oppression d’une minorité particulière ne peut que lui attirer la réprobation de la communauté internationale.

 

 

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