La condamnation de l’apostat en islam

Dans l’islam, l’apostasie ne concerne que les musulmans. Elle désigne celui ou celle qui quitte la foi musulmane, en devenant athée ou en se convertissant à une autre religion. L’islam considère l’apostasie comme un véritable danger qui menace son identité politique et spirituelle. C’est pourquoi il la condamne sévèrement.

 

Qu’en dit le Coran?

 

Le Coran considère que l’apostat est une personne perdue, qui ne peut plus se repentir et sur laquelle demeure la colère d’Allah. Elle encourra le terrible châtiment divin.[1] Le Coran ne prévoit aucune peine terrestre pour l’apostat.

 

Qu’en dit Mahommet?

 

Etonnamment, Mahommet est beaucoup plus dur à l’encontre de l’apostat puisqu’il demande sa mise à mort: « Celui qui quitte sa religion, tuez-le ! » [2]

 

L’imam Malik, fondateur de l’école de jurisprudence malikite, précise dans sa Mouwatta : « Celui qui change de religion, frappez son cou! (c-à-d décapitez-le)»

 

Interprétant ce hadith, Malik dit : « Nous pensons, et Allah est le mieux informé, qu’au sujet de celui qui change de religion, il faut le tuer. Celui qui renie l’islam et se convertit à une autre religion, tels les athées et leurs semblables mécréants, et qui le déclare, qu’on le tue, car on ne sait pas s’il s’est repenti.

Mais pour ceux qui persistent avec incrédulité dans leur athéisme, et déclarent être musulmans, il ne faut ni les laisser se repentir ni agréer leurs paroles.

 

D’autre part, concernant celui qui quitte l’islam pour adopter une autre religion, tout en le déclarant, on acceptera de celui-ci son repentir s’il en donne la preuve. Autrement, qu’on le tue. Car, pour les gens qui se trouvent dans une telle situation, je pense qu’on doit les convertir à l’Islam pour qu’ils se repentent. Ainsi, s’ils font preuve de repentir, on l’acceptera, sinon, on les tuera ».

 

Malik précise : « Je ne crois pas que le Prophète (Sur lui la grâce et la paix d’Allah!) désignait par-là des juifs devenus chrétiens ou des chrétiens devenus juifs, ni ceux qui ont quitté leur religion pour une autre. Le prophète ne désignait que les musulmans qui changent de religion, car celui qui quitte l’islam pour adopter une autre religion tout en le déclarant, tel est l’homme que voulait désigner le Prophète (Sur lui la grâce et la paix d’Allah!) et Allah, à ce sujet,  est le mieux informé ».[3]   

 

Cette condamnation à mort de l’apostat se base sur plusieurs Hadiths de Mahomet. Elle a été acceptée de manière unanime par des savants tels qu’Abu-Bakr, Omar, Uthmane, Ali, Mou’âadh, Abou Moussa, Ibn ‘Abbass, Khalid Ibn Al Walid et d’autres compagnons du Prophète. Personne n’a remis en question la sentence qui condamne l’apostasie.

 

Avant d’appliquer la sentence de mort, on donne à l’apostat un délai pour se repentir et revenir à l’islam. Les quatre écoles de jurisprudence (Malikite, Hannafie, Chaffiite et Hanbalite) sont unanimes sur la sentence de mort, mais diffèrent sur le délai de repentance donné à l’apostat, délai qui peut aller de quelques jours à un mois.

 

Comment expliquer une sentence aussi sévère?

 

Ce problème de l’apostasie s’est posé au commencement de l’islam. A la mort de Mahomet, les tribus arabes décidèrent de quitter l’islam. La tradition de l’époque les déliait en effet de l’allégeance qu’elles avaient prêtée au prophète. Mais Abû Bakr, le premier Calife, et les Compagnons de Mahomet, craignirent que la nouvelle de cette défection ne se propage comme une traînée de poudre et ne menace l’influence politico-religieuse de l’islam. Ils firent donc la guerre aux tribus arabes apostates et provoquèrent la mort de milliers de victimes. Il s’agissait pour eux de préserver la communauté musulmane. Aujourd’hui, certains sont convaincus que sans cette guerre contre l’apostasie, l’islam aurait disparu.[4]

 

Abû Bakr et les Compagnons de Mahomet considéraient également que l’islam était éternel et qu’il était le seul pouvoir politique dont la légitimité était divine. Tous les musulmans devaient donc s’y soumettre. Cette conception de l’islam a subsisté jusqu’à nos jours.

 

L’islam ne se contente pas de punir sévèrement ceux qui abandonnent la foi musulmane; il condamne également ceux qui remettent en question le fondement de la foi musulmane, par leurs paroles ou leurs écrits. Ces agissements sont considérés comme des crimes d’une extrême gravité. En effet, les apostats qui encouragent d’autres musulmans à changer de religion sont non seulement considérés comme des mécréants mais encore comme des ennemis de l’islam, d’Allah et de son prophète. Il faut donc les combattre encore plus impitoyablement. Le Coran les condamne certes en tant qu’apostats (voir plus haut), mais surtout comme ennemis de l’islam, et sa condamnation est sans équivoque:

 

« La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager et qui s’efforcent de semer le désordre sur la terre, c’est qu’ils soient exécutés, ou crucifiés, ou que leur soit coupée la main et la jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés de la terre : voilà pour eux l’ignominie d’ici-bas; et dans l’au-delà, il y a pour eux un énorme châtiment. » (S2, V217) [5]

 

 

La punition de l’apostat dans les pays musulmans

 

Comme le montre la carte ci-dessous, l’apostasie est punie dans la grande majorité des pays musulmans, de manière variable.

 

Dans certains pays comme l’Iran ou l’Arabie saoudite, la sanction est la peine de mort. Dans d’autres, les sanctions sont atténuées: elles vont de la prison à la perte de droits dans des domaines variés : dissolution du mariage, perte de la garde des enfants, exclusion de l’héritage etc…

 

Ces discriminations sont institutionnalisées dans la législation officielle des pays musulmans. La base de ces discriminations se trouve dans la définition officielle du changement de religion. Si une personne non musulmane se convertit à l’islam, on considère simplement qu’elle a « embrassé la religion musulmane »; elle n’a commis aucun délit. Par contre, si un musulman quitte l’islam, la loi le désigne comme « apostat », qualifie son acte de « crime d’apostasie », et réclame le châtiment qui s’applique dans son cas.

 

La liberté religieuse

 

Déclaration universelle des droits de l’homme[5] a été signée et acceptée dans sa totalité par toutes les nations qui sont membres de l’ONU, y compris par les pays musulmans. En conséquence, l’opinion publique pense que ces pays respectent la liberté religieuse, telle qu’elle est formulée dans l’article 18 :

 

« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

 

Pour donner plus de crédibilité à cette croyance, les responsables musulmans, relayés par une grande partie de la presse, expliquent que la liberté religieuse constitue une prescription de l’islam, conformément à la sourate 2.256:

« Nulle contrainte dans la religion ».

 

Mais chez eux, les pays musulmans bafouent la liberté religieuse sans aucune gêne 2] parce que pour aucun exégète musulman « Nulle contrainte dans la religion » ne signifie qu’un musulman ait le droit de quitter l’islam ou de ne pas pratiquer ses obligations (jeune, prière, aumône, etc.) Les musulmans ont l’interdiction de quitter leur religion. L’apostasie est interdite.

  •  
  • L’écrasante majorité des exégètes estime que la notion de liberté de choix en terme de religion a été abrogée par les versets qui prescrivent le combat contre les autres religions.
  •  
  • Cette sourate signifie simplement qu’à la différence des polythéistes,  les « gens du Livre » (chrétiens et juifs principalement) ne sont pas soumis à l’obligation de se convertir. Mais s’ils choisissent de conserver leur religion, ils doivent se soumettre à l’impôt spécial (jiziya) et accepter la colonisation musulmane de leur pays. S’ils refusent ces conditions, alors ils sont mis à mort.

 

Les polythéistes, eux, n’ont le choix qu’entre la conversion à l’islam et la mort. Ils « doivent être éliminés de la surface de la terre», comme l’écrit un  exégète moderne. Cela explique pourquoi le fait que les musulmans aient massacré plus de 80 millions d’hindouistes (polythéistes) ne les ait jamais vraiment émus.[6]

Notes:

[1] (S2, V217) : « Et ceux parmi vous qui abjureront leur religion et mourront infidèles, vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et la vie future. »

(S3, V90) : « En vérité, ceux qui ne croient plus après avoir eu la foi, et laissent augmenter encore leur mécréance, leur repentir ne sera jamais accepté. Ceux-là sont vraiment les égarés. »

(S16, V106) : « Quiconque a renié Allah après avoir cru… – sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi – mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une Colère d’Allah et ils ont un châtiment terrible. »

[2] (Sahih Bukhari, Livre 56 : le Jihad dans le chemin d’Allah, Hadith 226)

« Le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que je suis le Messager de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat qui quitte l’islam et abandonne la Communauté musulmane. » (Sahih Bukhari, Livre 87 : le prix du sang, Hadith 17)

[3] (Livre 36 – Les sentences, Chapitre XVIII : Du jugement fait au sujet de l’apostat.)

[4] http://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/. La portée juridique de ce texte est faible puisqu’il ne s’agit que d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies et non d’un traité à valeur juridique.

[5] http://sami-aldeeb.com/tafsirs/Contrainte_amazon_fr.pdf

[6] Ibid

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