Comment l’islam sanctionne l’apostasie

En consultant les avis juridiques délivrés par le Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR), j’ai constaté avec stupéfaction qu’une fatwa s’adressant aux citoyens européens de confession musulmane, confirme que l’apostat doit être puni de mort.

Un tel avis est lourd de conséquences car ce sont les associations musulmanes des différents pays européens qui désignent les membres de ce conseil. Parmi eux, on trouve des experts de l’exégèse et de la science du droit musulman (fiqh). La représentativité de ce conseil est donc très grande et son autorité largement respectée par les associations musulmanes. Tout cela ne va pas sans poser quelques problèmes.

En premier lieu, il est particulièrement révoltant qu’on puisse juger et condamner à mort au nom de la religion. L’islam donne en effet le droit de tuer une personne quand sa condamnation est conforme au droit musulman. Dans sa jurisprudence, il précise les actes qui doivent être sanctionnés par la peine capitale. Ces lois figurent dans le Droit musulman que l’islam considère d’origine divine, Allah ayant révélé à son Prophète des lois dont la validité est éternelle.

Il faut ensuite noter que cette condamnation à mort ne se limite pas à sanctionner une atteinte à la religion. Elle sanctionne aussi une atteinte à l’intégrité de la société puisque le fait d’apostasier l’islam est vu comme un crime de « haute trahison ». L’islam se conçoit donc comme une nation, avec ses lois, ses condamnations pénales et ses autorités pour appliquer les sanctions. Une telle définition de la « religion » diffère radicalement de celle qu’on en donne en Occident où le terme fait allusion à une foi librement consentie qui relève de la vie privée et dont chacun est libre de parler. Une telle définition exclut la possibilité pour une religion d’imposer ses vues dans l’élaboration des lois qui relèvent du domaine politique. Le peuple choisit d’une manière démocratique les lois qui le gouvernent et désigne, à travers les élections, les autorités qui devront les mettre en application.

L’islam ne voit pas les choses ainsi. La souveraineté de prescrire des lois n’appartient qu’à Allah et les autorités, religieuses et politiques, ont le devoir de les appliquer parce qu’elles ont été décrétées pour l’éternité. C’est exactement la perspective dans laquelle se situe le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche lorsqu’il délivre ses avis aux musulmans établis en Europe. Et pour ce Conseil, l’apostat qui quitte l’islam et l’assume par ses actes et ses paroles, devrait subir la peine capitale.

Il faut souligner un troisième problème : dans tous les débats, chaque fois qu’on cite un verset du Coran ou un Hadith de Mahomet, on nous rappelle qu’il ne faut pas en faire une lecture littéraliste et que le passage doit être situé dans son contexte. On laisse ainsi entendre que l’injonction de remettre le texte dans son contexte et ne pas le prendre littéralement, signifie que ces commandements ne peuvent plus être appliqués tels quels, leur validité étant limitée à un temps (VIIe siècle) et un espace particulier (l’Arabie de Mahomet).

Il est important de souligner qu’une telle compréhension est erronée, puisque les Fatwas que délivre le CEFR ne risquent pas d’être lues d’une manière littéraliste, ni d’être replacées dans le contexte de l’Arabie de Mahomet. Les théologiens et les juristes du CEFR ont en effet déjà effectué le travail de contextualisation de ces textes au milieu européen (L’Ijtihad).

C’est la raison pour laquelle la Fatwa sur la sanction de l’apostat ne nécessite aucune interprétation. Elle exprime clairement et simplement un des préceptes fondamentaux et éternels de l’islam. Et pour les personnes visées par cette Fatwa, il s’agit clairement d’une condamnation à mort.

Ces personnes n’ont donc d’autre recours que de chercher la protection des autorités de notre pays. Et il paraît assez évident que nos autorités ne peuvent pas se permettre d’attendre que ces appels aux meurtres se concrétisent, avant de réagir.

Nos autorités ont, de ce fait, le devoir de condamner ceux qui diffusent des Fatwas appelant au meurtre. Il faut également noter que ces incitations au meurtre sont aggravées par leur caractère raciste, puisqu’elles visent des personnes au seul motif de leur appartenance religieuse.

Par conséquent, deux actions simultanées et urgentes s’imposent à nous :

  • alerter nos autorités sur la réalité de ce danger, puisqu’elles sont responsables de protéger les citoyens de toute violence et de toute menace;

  • rencontrer nos amis musulmans engagés dans le dialogue interreligieux, pour ouvrir un dialogue sincère et sans tabous, sur ces questions fondamentales qui concernent le vivre ensemble dans l’égalité et la fraternité.

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